26.11.2009
Y aller, y revenir
Je reviens de Colmar, en écoutant une cassette de Coltrane, je roule sans trop regarder la route, les yeux dissipés par une lumière d'automne enveloppante et tendre. J'observe les gens pressés qui me doublent, silhouettes en contre-jour sous le soleil filant plein ouest. Je passe par la nationale pour m'éterniser sur cette plaine qu'il ne faudrait parcourir qu'en fin d'après-midi. Je pense à Galaad, à Yvan. A Catherine. Une voiture de gendarmes, ils ont l'air assoupis. La terre des champs fraîchement retournée, des montagnes de choux, partout. L'Alsace qui me retient ?
J'ai pu passer du temps avec Guy-Pierre. J'ai l'impression que nous avions tous deux vraiment envie de ce moment. En ce qui me concerne, je ressentais aussi le besoin de prendre le temps d'échanger plus longuement avec celui qui m'avait, en confiance, accueilli dans son théâtre, en résidence de création pour La Longue Route de sable. Tout en parlant, nous déambulons dans Colmar, nous nous trouvons une table près du théâtre municipal. Nous laissons sa chance au Beaujolais nouveau — s'excusant presque, la patronne nous jure qu'elle est obligée d'en avoir. Nous évoquons bien sûr mon travail sur La Longue Route de sable ; ces retours sont pour moi une chance, je veux dire un apport. Plus tard, Guy-Pierre me parle avec conviction d'Ivan Dobchev et Margarita Mladenova. Au bout d'un long moment, le repas est fini, le café est pris, nous repartons vers la Comédie de l'Est en poursuivant la discussion. Nous prenons la première rue qui vient, là, je crois. On voit qu'il y a quelque chose de serein dans notre démarche.
Je me suis assis avec Rodolphe dans un bureau inondé de soleil. Nous devons encore régler plusieurs aspects comptables de la coproduction. Montage, exploitation, décor, hébergement, défraiement, HT/TTC, nous épluchons tout ce qui restait en suspens. Rodolphe est patient. Je contemple les photos de ses enfants apposées au mur. Ce soleil, vraiment...
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03.11.2009
Le soir à Colmar - l'autre résidence
Ce soir aussi, nous fonçons au Poussin Vert, après les répétitions. C'est Yvan qui nous traîne là-bas. En trois jours à Colmar, il a déjà de solides repères. Denis, Laure et moi-même découvrons l'endroit, Yves y a déjà joué, il y a quelques années. Gilles, le patron, nous reçoit à chaque fois avec le sourire. Il nous ouvre sa réserve de sauciflard aux châtaignes, et on discute musique des 80's, on teste les sept sortes d'amer disséminées derrière le comptoir, on écoute les gens chanter.
Plusieurs fois par semaine, nous avons terminé nos soirées là-bas. Souvent, nous ne faisions que discuter de Pasolini. D'autres fois, il nous fallait surtout faire taire notre questionnement. Affalés sur les sièges pliants de la terrasse ou joyeusement agglutinés au comptoir, nous avions trouvé au Poussin Vert comme un second lieu de résidence.
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03.10.2009
Témoin de quoi ?
Pour la troisième session des Assises de la Culture, on me demande d'intervenir comme témoin de l'atelier intitulé "produire, coproduire, accueillir". Je passe sur les détails, notamment sur le fait que ce sont les patrons des plus grosses structures qui se lamentent le plus sur les difficultés de la culture — ou, plus prosaïquement, sur leurs difficultés. Elles sont réelles, personne n'en doute dans la salle du Palais universitaire où nous sommes réunis. Mais j'ai du mal à sortir mes mouchoirs.
C'est Emmanuel Abela, rédac' chef du magazine Novo, qui anime l'atelier. Il parvient à faire circuler la parole assez efficacement, avec sérénité.
Je suis amené à décrire le mode d'autoproduction que je pratique depuis mes débuts. Ça ne parle pas à tout le monde. Les quelques responsables de compagnie de théâtre qui sont là demeurent silencieux. Ces échanges sont cependant l'occasion pour moi d'entendre quelle est la réalité vécue par les groupes de rock émergents de Strasbourg, par les auteurs de courts-métrages. Et ça m'apaise quelque peu d'entendre que eux aussi peinent à voir le sérieux et l'engagement de leur démarche reconnus.
J'écoute attentivement les propos lucides de Pierre Poudoulec, tête pensante de Komakino. Ou de Jérôme Vetter, qui dirige une formation symphonique amateur. Nous parlons longuement au lieu de piocher dans les montagnes de bretzels servies pour clore cette journée de réflexion.
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12.08.2009
Grazie a te, Chiara
J'ai récemment fait la connaissance - grâce à l'intranet toujours très vif de la Friche Laiterie - de Chiara Villa.
Cette metteuse en scène milanaise s'est installée à Strasbourg.
Ce soir, j'ai découvert son travail au Taps Scala à l'occasion d'une soirée lyrique d'Eté cour Eté jardin. Au programme, Eisler, Schönberg, Debussy etc. Le public fut rapidement conquis par l'approche qu'elle proposait de ces compositeurs. Le côté cabaret aurait sans doute pu être un peu plus méchant, mais cela aurait peut-être nui à la subtilité de certaines des oeuvres interprétées. En tout cas, j'ai passé un très bon moment. Je ne suis pas prêt d'oublier l'interprétation sans complexes de Marie Stoeckle, au piano.
Je dois préciser que Chiara a très aimablement proposé d'offrir un peu de son temps lors des prochaines répétitions de La Longue Route de Sable ; ceci afin de nous aider à prononcer correctement les nombreux mots italiens qui parsèment notre texte.
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03.06.2009
La Coupole
Ce matin, je dépose ma fille chez sa nounou et je file vers Saint-Louis.
Je retourne vers ce Dreigrenzeck où j'ai grandi. Où je me suis pas mal ennuyé. Et que j'ai mis de nombreuses années à fuir parce que Saint-Louis-Huningue-Village-Neuf était avant tout la banlieue de Bâle. J'avais plein de projets dans la tête, je faisais surtout de la vidéo à l'époque, et j'ai même monté une association avec des copains pour faire que ça bouge un peu plus sur le plan culturel. Peine perdue. Puis, mes études à Strasbourg m'ont fait découvrir ce qu'était la création contemporaine. Et j'ai oublié la région frontalière ainsi que le Sundgau.
Ce matin, j'ai rendez-vous avec Denis Beaugé, le directeur du Théâtre de La Coupole. C'est pour moi l'occasion de découvrir l'un des aménagements les plus importants de la politique d'urbanisme menée par Jean Uberschlag depuis que j'ai définitivement quitté Huningue en 1999. La surprise est de taille. Après une dicussion des plus détendues, Denis Beaugé me propose une visite guidée de son théâtre. Nous discutons de l'histoire de lieu, de son contexte et de son public. J'en apprends un peu plus sur l'architecte qui a bâti ce théâtre, Manuelle Gautrand. Elle a intelligemment contourné les codes couleurs du stéréotypique rouge-théâtre. Surtout, elle a ouvert le foyer-bar sur la ville, avec subtilité et sans ostentation. Et l'ensemble vieillit très bien, grâce à une appréciable sobriété des matérieux et des formes.
Certes, nous parlons également de Pasolini. Denis Beaugé se montre sincèrement intéressé et pose de nombreuses questions. J'espère qu'il pourra assister à la création en novembre, à l'Atelier du Rhin. En tout cas, il manifeste sa curiosité et je pense vraiment que nous aurons l'occasion de nous recroiser.
Je repars de Saint-Louis avec enthousiasme. Je fais un crochet à Village-Neuf où mes grands parents m'attendent dans un petit restaurant doté d'une délicieuse terrasse.
Mais pourquoi je ne reviens pas plus souvent ?
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30.05.2009
Le temps du changement
De passage à la bibliothèque Malraux, je parcours les DNA et je découvre que l'Atelier du Rhin va changer de nom. J'avais récemment entendu dire que c'était prévu mais n'en savais pas plus. Il faudra donc désormais compter avec La Comédie de l'Est.
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17.02.2009
Cinq euros cinquante
Aujourd'hui est une sorte de petite défaite.
Il y a un peu plus de quinze jours, j'avais emprunté un recueil de pièces de jeunesses d'Ibsen, à la Bibliothèque nationale et universitaire.
S'y trouve une pièce d'Ibsen que j'affectionne tout particulièrement : Les Guerriers à Helgeland. Hermaendene po Helgeland...
J'adore le mouvement implacable de cette pièce de 1858 qui oppose guerriers au coeur noble et félons sans cervelle, je palpite à chaque mot prononc par les deux héroïnes qui tentent d'assurer un avenir à leur future descendance.
J'ai parlé de cette pièce à Patrick, lorsque nous avons bu un café la dernière fois que nous nous sommes vus à Colmar. Il a été direct avec moi :"Mais il faut absolument que tu la montes" m'a-t-il dit avec une douce évidence.
Mais aujourd'hui, c'est le réglement de la BNU qui fait loi.
Cela fait plusieurs jours que la date limite de retour est passée...
Je traîne la patte pour ramener la pièce : pas eu le temps de la lire.
L'amende est salée. Pas de liquide sur moi. Ma carte est bloquée.
Avec regret, je vois repartir le gros volume rouge qui contient l'oeuvre convoitée et que je n'ai pas relu depuis cinq ans au moins.
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11.11.2008
Ciao Massimiliano !
Dernière du Ballo in Maschera de Verdi, à la Filature de Mulhouse.
Beaucoup d'allégresse sur le plateau, puis dans la salle pour les saluts.
C'est l'occasion pour moi de dire un grand salut à Massimiliano Pisapia, tenor à la voix ensoleillée et pleine d'une aisance sans pareille. C'est, pour moi, une expérience saisissante que de l'avoir entendu dans le rôle du désinvolte Riccardo : comment exprimer les sentiments les plus divers par le chant, en donnant l'impression que c'est là une manière tout à fait naturelle de procéder.
Dans la salle de danse qui nous sert de loges, je prends quelques polas - trop sombres. Heureusement, cinq minutes avant le lever de rideau, Jocelyn, un choriste, prend les choses en main et effectue un cliché réussi avec, à mes côtés, Dominique qui n'a pas encore filé sur le plateau.

Je suis content que cela soit maintenant derrière moi.
Puis dans le bus du retour, je prends le temps de découvrir un peu plus le parcours de Dominique.
Nous parlons longuement et finissons par une prenante discussion sur le rapport acteur/metteur en scène.
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09.10.2008
Is that you Mr Blue ?
Générale avec piano de Un Ballo in Maschera aujourd'hui à l'opéra du Rhin.
14h : maquillage.
14h30 : plateau.
15h début de la générale.
Je dois dire qu'être figurant dans cette vénérable maison (que d'aucuns qualifieront méchamment "de retraite" vu la moyenne d'âge des abonnés) me procure toujours autant de satisfaction, malgré les horaires parfois biscornus auxquels il le faut se soumettre.
J'enfile mon costume de groom bleu flashy. Il ne me va pas, me fait des fesses énormes et me moule - non sans raffinement. Avant d'entrer sur scène, je déclare en toute simplicité à Andrea Uhmann, la créatrice allemande des costumes, que ses uniformes sont ridicules. Elle m'adresse un rapide "merci" teinté de cette indifférence dont elle a le superbe secret depuis qu'elle suit les répétitions. Puis elle m'explique très posément qu'il y a sûrement une raison si ce costume tombe si bien sur les hanches des autres figurants mais pas sur les miennes...
Avec Michel (Mr Yellow), Dominique (Mr Red), les deux Damien (Mr Green & Mr Rose) qui assurent avec moi (Mr Blue, donc) la figuration, c'est un bon moment que nous passons à zigzager entre les décors et les choristes.
Et le metteur en scène, Philippe Arlaud, a le sourire à l'issue de la représentation.
Je vais tenter un petit pola pour vous montrer tout cela...
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19.07.2008
Quand je me penche de ce côté...
Début du travail sur G. Büchner.
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